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Archives pour 22 avril, 2011

1789 : cahier de doléances

Cahier de doléances paroisse de Blainville en date du 1er mars 1789.

Les Blainvillais ont signé le cahier de doléances en présence de François Delalonde. Le Sieur Delalonde était, alors, le syndic de la municipalité, celui que l’on nommerait aujourd’hui le maire.

Parmi les signataires se trouvaient notamment : le sieur Quesnel, Tillard le jeune, le sieur Pestel, François Beuvron, Pierre Gauttier, Jean-Jacques Lefoulon, Guillaume Letellier, François Buron, Jacques Pierre, Pierre Martin, François Aubert, Pierre Jouane, Jean-Jacques Fou…, Gilles Aubert et Jacques Heurtel.

Ce que transcrit le cahier de doléance dans ses nombreux articles :

« Cahier de doléances et supplications de la communauté faisant le tiers état de la paroisse de Blainville.

La dite communauté supplie très humblement sa majesté :

1.de rendre à la province ses anciens états où le tiers état est comme aux états généraux à égalité de voix contre les deux autres ordres réunis,

2.de donner une réforme et une consistance solide et permanente aux assemblées municipales des paroisses qui seraient chargées non seulement de la répartition égales des impôts mais encore de tout ce qui pourrait concerner le soulagement des pauvres, d’intégrer l’ordre et les ouvrages publics, prévenir et arrêter les délits et concilier les contestations particulières comme juge de paix.

3.d’assurer irrévocablement à la dite paroisse de Blainville ainsi qu’à toutes les autres paroisses de la province la propriété de leurs communes, marais et bruyères (on remarquera l’importance que revêtait le marais où l’on faisait paître les vaches) contre de telles concessions faites où qui pourraient en être faite et d’en autoriser le partage de telle manière que S.M. (Sa Majesté) voudra le déterminer pour en assurer de plus en plus la propriété et pour les biens de la culture la plus grande partie de ces terrains étant en friches,

4.de prendre en considération que la province de Normandie va bientôt être dépourvue de bois et en manquera infailliblement dans quelques années par la fréquence de consommation qu’on en a fait, qu’il s’agit d’avoir de nouvelles plantations, sur quoi et sa majesté d’autoriser et…………..moyens que sa sagesse lui dictera la possibilité de différents parties de bois qu’il serait possible de planter sur les terrains vains et vagues formant telles communes des paroisses et dont parties ne peut être employée d’avantage que pareille culture, (cet article est probablement précurseur de la plantation d’arbre qui jouxte encore aujourd’hui la zone des banquets sur une des rives du canal).

5.de supprimer la partie des gabelles (impôt sur le sel) et des aides onéreuses (les corvées) en ce pays et la convertir plutôt en capitation qui serait également payée par tout le monde, que du moins si Sa Majesté ne le portait pas à la suppression entière de ces objets quelle daigne réduire les prix excessifs du sel (moyen de conservation des denrées alimentaires) portées depuis quelques années à un prix exorbitant en rapport aux augmentations de deniers (monnaie) dont on la surcharge et anéantir totalement l’impôt qui est encore vue sur charge à tous les contribuables et surtout aux malheureux et désastreux pour tous.

6.de supprimer la corvée des chemins en ordonnant que chaque paroisse serait tenue de les mettre et tenir en bonne réparation au droit de leur clocher, non seulement des grandes routes qui tendent des villages aux villes, telle que celle de Caen à Ouïstréham qui est une grande route qui passe par Hérouville, Blainville et Bénouville qui est très utile et fréquentée, rapport qu’elle conduit aux deux bacs qui sont sur la rivière d’Orne, l’un à Hérouville et l’autre à Bénouville, que ces bacs sont très passager. (la rue du Bac du port existe toujours à proximité de l’église) par la quantité des bestiaux de toutes espèces qui vont à Paris et autres denrées de tous genres qui viennent du pays d’Auge pour l’approvisionnement de la ville de Caen et tous les autres lieux voisins ; que le grand chemin est totalement mauvais et impraticable, soit avec chevaux ou voitures et qu’il est de la plus urgente nécessité d’y travailler et les mettre en bonne réparation , que le grand chemin est encore le seul qui conduise les troupes et l’artillerie aux redoutes de Ouïstreham et Colleville et dans les cas pressant et de nécessités.

7.de supprimer le privilège de la taille ainsi que plusieurs pensions jumelles.

8.de faire un règlement clair, simple et uniforme pour toutes les dixmes qui en adoucissent la rigueur.

9.de supprimer tous les déports et de destiner une partie du revenu ainsi que des autres biens ecclésiastiques au soulagement des pauvres de chaque paroisse dont l’administration appartiendrait au bureau de charité qu’il serait nécessaire d’y établir à cet effet s’il y a dans la paroisse une municipalité qui en ce cas réunira cette partie aux autres de son administration.

10.de pouvoir améliorer et assurer le sort de plusieurs curés qui n’ont pas même pour vivre, non plus que leurs vicaires, conséquemment sont dans l’impossibilité de soulager leurs pauvres tandis que la plus grande partie des livres (monnaie) et des dixmes de leur paroisse appartiennent à de riches bénéficiaires qui en consomment les revenus dans la capitale ou autres villes, sans en faire la moindre part aux pauvres qui cependant ont droits sur ces sortes de biens.

11.de vouloir bien supprimer, réduire ou fixer d’une manière claire et précise et qui puisse être entendu de tous le monde les droits de contrôles, les perceptions domaniales et autres de ce genre pour lesquels journellement les communautés et les particuliers sont vexés par des droits arbitrairement exigés de différentes manières et plus ou moins étendues des employés qui par des recherches mutipliées et vexations parlent de troubles dans les propriétés les plus anciennes pour n’avoir pas fait de déclarations n’y payés des droits dont on ignore la nature l’existence et la qualité.

12.de rendre périodique la tenue des états généraux,

13.de supprimer les colombières,

14.de donner un code de loi pour l’abréviation des procédures,

15.supplient encore Sa Majesté de faire attention que la dixme de Blainvile se paye en général à la dixième tandis qu’elle se paye à la onzième dans les autres paroisses,

le présent cahier de doléances et supplications semblable à l’original déposé à Monsieur le Bailly de Caen fait et arrêté par la dite communauté de Blainville en assemblée, les présents faisant forts pour les absents dont il nous ont demandé l’acte ce que nous avons accordé et a été remis à Monsieur Delalonde, conseiller du Roy et son procureur au gregnier à sel de Caen et syndic de cette municipalité et maître Louis Tillard, marchand, laboureur par nous députés pour le remettre a Bailly de Caen. »

Les articles du cahier de doléances produits par les habitants de Blainville marquent bien l’impossibilité de vivre dignement sur cette partie du territoire  au début de l’année 1789.

Les habitants se plaignent des avantages acordés à certains, de l’impossibilité d’utiliser les terres en friches que ce soit pour faire paître des animaux, cultivés ou même planter des arbres.

Les Blainvillais se soucient également de l’injustice de la Dîme dont ils payent le dizième tandis que d’autres villages ne paient que le onzième. Il revendique la possibilité de payer moins de gabelles, de ne plus effectuer les corvées.

Ces doléances traduisent bien les inégalités et autres injustices dont la conclusion sera la révolution.

Xavier BURES

Sources : Archives départementales du Calvados



Xavier BURES

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